Archives de Avril 2007
Le 18 avril 2007 à 13:08.
Des larmes comme celles-là, il y avait longtemps que je n'en avais goûtées.
It's weird, depuis l'enfance je ne peux m'empêcher de projeter certains moments dans des dimensions démesurées, presque emphatiques. J'imagine nos émotions décuplées, un spectacle grandiose qui n'est donné pour personne : il y a ce décor, puis nous ; nous et nos cœurs écorchés, nos émotions sanguinolentes. C'est une représentation unique, donnée pour que les acteurs impromptus que nous sommes se sentent emprunts de cette unicité et qu'ils incarnent leurs rôles jusqu'à la chair. Pour que, par l'exception, la peur soit annihilée et qu'ainsi, il ne nous reste qu'à se donner jusqu'au bout, sans penser aux risques, sans s'imaginer les conséquences, le désastre.
Ce que je peux me fiche du regard des passants dans ces instants-là. Tout ce qui compte, c'est ce qui est en train de s'accomplir, c'est la scène de notre vie que nous jouons – que nous mettons en jeu. Et c'en est un des plus dangereux, car l'ivresse de la profusion brouille les sens et la raison, et nous n'avons plus conscience de rien. Nous ne sommes plus là, toi et moi, les pieds sur terre – je te l'ai dit, c'est une autre dimension, les proportions ne sont plus les mêmes. À cette échelle, la violence des mots que nous usons nous paraît anodine et nécessaire. Pourtant, ces mots-là seront ceux que l'on ressassera pour se faire mal, laissant un goût amer (celui du regret) dans nos cœurs. On s'en arracherait les cheveux. Si l'on savait.
Nous sommes entrés sans peine dans ces rôles, ils étaient faits sur-mesure, ou peut-être étaient-ce nous, qui étions faits pour eux ? Propulsés par l'ardeur de nos sentiments (car il fallait se battre, coûte que coûte, il fallait avancer, et la rage était notre seul recours sous la menace de l'enlisement), c'était simple et indolore. Mais lorsqu'enfin, les fardeaux ont été déversés, qu'il ne reste plus une miette à sauver et que l'épuisement nous gagne, il faut bien redescendre, l'ivresse ne dure pas. Il faut bien retourner à nos places et dans le temps, perdre notre invulnérabilité, et tout à coup c'est la peur qui revient. Elle se jette à nos gorges et nos consciences, armée des éclats que nous avons causés.
L'avons-nous vraiment fait ? Regarde, tout autour ; il n'y a que les débris de nos vies qui s'étalent devant nos yeux. Comment n'en avons-nous pas eu conscience ? Et là, je saigne...
Le 17 avril 2007 à 10:11.
Voilà l'idée:
Pour la tête. J'ai représenté un fil, emmêlé,
parfois rompu puis reprisé par quelques nuds maladroits. Le long
du fil sont déposées des images. Elles n'ont pas été
mises là par hasard (ou si peu), ce sont des instants volés que
j'ai pris de cet été, d'hier matin ou d'il y a deux ans. Ces images
sont des monceaux de vie qui suspendent au fil celui de mes pensées.
Pour le cur, j'ai pensé à un livre ouvert I'm an open book.
Pas n'importe quel livre, bien sûr je n'ai pas encore déterminé
lequel. Antigone, peut-être? Il était le premier. Le premier
dans le temps est immuable.
Pour les mains, primordiales, l'une d'entre elles s'intéressera d'abord
au toucher. Le concept est encore moins précisé. Il y aura peut-être
une sorte de dessin analytique, un objet plus ou moins quelconque (infantile ?),
et recouvert d'empreintes digitales.
Je savais que formuler ces images-idées qui vagabondent dans mon esprit
m'aiderait à y voir un peu plus clair. Mais je ne pensais pas que la clareté
et le recul amplifieraient le doute. [...] En fait, tout ça est peut-être
un peu trop conceptuel.
Sinon, La beauté du désordre, ça vous évoque
quoi ? C'était un beau sujet.
D'habitude, ce genre de choses n'arrive que dans les livres ou sur les écrans.
Et ce ne sont pas ces passages où l'on se dit que «ah, oui, moi aussi...», mais
plutôt ceux que l'on trouverait à la fois forts et fabuleux. Pourtant, c'était
exactement ça et ça m'arrachait le cœur.
J'avais besoin d'écrire, c'est comme si c'était devenu une habitude à part entière,
de celles qui deviennent essentielles à l'existence, car sans elles tu n'es plus
tout à fait toi. Elles harmonisent, unifient, attiédissent les effervescences
de tes émotions. Ce ne sont plus des habitudes: c'est toi ; cela s'est imbibé
dans ta chair et cela compte parmi tes entrailles.
J'avais besoin d'écrire et ça m'arrachait le cœur d'en être incapable.
J'avais des mots mais pas de phrases, des perles, mais pas de fil auquel m'aiguiller
; c'était latent et diffus, cela ondoyait sans cesse, ne se fixant nulle part.
Et, surtout, il y avait quelque chose à l'origine de ces ballottements, qui était
aussi responsable des afflux de larmes, de sanglots nerveux et inexpliqués. Je
voulais savoir quoi, pourquoi, comment. Je voulais que ça apparaisse devant moi,
tout du moins partiellement, mais qu'enfin ça me soit accessible. Et qu'en y posant
les yeux avec la plus grande attention, je puisse le dérouler, enfin, et comprendre.
Juste comprendre, ça m'aurait suffit. Parce que ne pas savoir, c'était forcément
détester cette fragilité omniprésente et injustement ostensible.