Archives de Mai 2007
Il y avait toujours eu ce pressentiment du déchirement qu'auraient provoqué les épines inavouées si, par mégarde, elles s'étaient échappées de leur éclipse pour se confronter à la conscience. Par peur d'être submergée par une telle oppression, avant, les mots n'étaient tout simplement jamais posés ou dits. Ce n'était pas parce qu'ils manquaient, mais parce que le vif qu'ils effleurent aujourd'hui n'avait été extirpé du mortier où j'ai encore la faiblesse de jeter ce qu'il m'est trop pénible de laisser poindre. (Mais, moins.)
Et puis, la fameuse petite perle de trop et, puisque la fragilité siégeait déjà, l'effet papillon qui s'en suivit. De là, tant de choses ont affleuré et il n'était plus question de s'en affranchir – de leur écho, tout du moins. Il fallait... Il y avait ce besoin latent d'aller puiser tout au fond de ces déploiements. Ce besoin de comprendre pourquoi ce dégoût, pourquoi ces manies auto-destructrices. Et les autres.
Tout à coup, comme si au sein du cœur, débordant, les mots s'étaient trouvés, poussés par cette soif – détourer, approcher, puis délier chaque nœud ; s'immiscer dans chaque interstice et creuser, toujours plus. Cette quête semblait essentielle (pour l'entendement, la lucidité et l'apaisement, enfin), mais jamais elle n'aurait dû être si précipitée. Tout aurait dû se développer progressivement, sans cette foutue tendance à l'épanchement excessif et irréfléchi, n'importe où, n'importe quand, à n'importe qui, par n'importe quel moyen. Je m'en veux tellement, là encore, pour les conséquences que ça a eu. Je le savais, pourtant, et même dès l'instant où j'ouvrais la bouche ; je le savais – que tout cela était factice, que cela me ferait mal, inévitablement et que j'alimentais sans fin ma culpabilité. Jusqu'à ce que (...). Quelque chose – et c'était trop.
D'un côté, le mutisme soutenu par le poids d'une menace sous-jacente – et le regret de s'être tue trop souvent ; de l'autre, le déferlement,
la déraison – et le remord d'avoir trop, et mal dit.
Et puis, il y a eu les ellipses, l'allégorique, les non-dits... Et puis, quelque part, l'art sans doute.
admise. :)
# ils avaient des tas de théories, des théories sur tout, comme ont les jeunes. Pour expliquer leur sentiment d'insatisfaction ; de ne pas connaître les gens ; de
Dans le document 3 de la phase d'interprétation, trois lettres familières m'ont frappée.
Ici, sous vos yeux, il y a tant de moi que je glisse à la dérobée. J'ai beau prendre soin d'enrober mes mots de papier de soie afin qu'ils paraissent plus doux, il y a quelque chose d'immense derrière ce masque. Je les distille de leurs épices et n'en laisse qu'une chair à vif mais dont la matière reste insondable, libre d'interprétations diverses – au mieux, tout du moins, car c'est ce à quoi j'ai l'impression de m'efforcer, sans y méditer, sans élaboration ; en fait, si je le fais, c'est que je ne sais simplement pas faire autrement, de sorte que je ne saurais pointer avec certitude où je l'ai fait, c'est juste comme ça. Je suis incapable d'exposer la réalité nettement – pas même (surtout pas) à moi. J'ai dû faire en sorte qu'ils glissent, ces mots, petites larmes roulant le long des fibres d'un satin de soie.
Je me sens protégée par le voile des mots choisis bien que d'expérience, je sache au fond de moi que certains yeux le (me) transperceront sans peine, souvent aiguillés par une sorte d'empathie, sans doute celle d'un vécu similaire – et non pas semblable car je parle des émotions, non pas des faits en eux-mêmes, puisque même si nos parcours sont différents, si nous nous reconnaissons, c'est que les altérations provoquées dans nos cœurs ont conduit aux mêmes torsions angoissées, à ces mêmes interrogations qui rongent – c'est de cette ressemblance que je parle.
Peut-être suis-je en quête de ces yeux-là ? Comme le besoin d'un regard bienveillant qui devine et comprend profondément les choses, ne s'arrêtant pas à leurs formes inertes, à leurs expressions verbales maladroites. Et cependant je redoute sans cesse d'être mise à nue. Cette impudeur m'effraie et me gêne souvent ; pourtant, écrivant ces mots ici, c'est exactement ce que je provoque.