Je sais pas trop comment ça s'est passé pour maman au début.
Je crois qu'elle avait commencé le piano quand elle était môme,
un peu comme moi. Et puis il y a eu un problème (d'argent, sûrement)
et, adolescente, elle a dû arrêter de prendre des cours. Ensuite
elle a repris, dès qu'elle l'a pu.
Donc, quand j'étais gamine, elle jouait - entre autres - les variations
d'Ah ! vous dirai-je maman, de Mozart. Elle m'avait appris à jouer la
première, je crois, et j'adorais ça.
On m'a mise à l'éveil musical à 5 ans, ou 4, je sais plus,
et à 6 ans j'ai choisi de faire du piano tout en continuant le solfège
et la chorale. Au conservatoire, la première fois que j'ai rencontré
un soupir sur une partition, je ne savais pas comment il fallait le faire
alors le professeur m'a expliqué - à l'époque maman assistait à
mes cours - " un soupir, le petit symbole là, ça signifie
que tu dois délicatement lever le poignet pour lâcher la note "
alors j'ai fait un geste, tout ce qu'il y a de plus gracieux, majestueux, et
tous les adjectifs en -eux dans le style : j'ai, telle une libellule prenant
son envol, soulevé mon poignet à 50 centimètres au dessus
des touches. Maman et le professeur ont rit et il m'a dit que c'était
presque ça, mais qu'il ne fallait pas aller si haut avec ma main.
A la naissance de Minh on a dû déménager et j'ai eu une
nouvelle professeur. Un peu tarée. Elle me claquait les mains dès
que je faisais une fausse note ou quoi, etc. Ca m'a un peu blasée, je
ne travaillais plus mon piano et ne progressais forcément pas beaucoup.
J'avais dix ans. Ensuite, maman a dit ras le bol, tu changes de professeur.
Je devais avoir 12 ans alors. J'ai toujours la même prof' actuellement,
Madame S.. Elle est très perfectionniste. Je l'aimais bien mais je ne
faisais toujours pas de piano par plaisir personnel : je continuais surtout
parce que maman m'y forcait un peu. Madame S. donc, me laissait choisir mes
morceaux. Elle m'en présentait plusieurs abordables à mon niveau
et je choisissais celui qui me plaisait le plus.
Et un jour il y a eu le Moment Musical N°3 de Schubert. Ca a été
le " morceau-déclic ", la révélation en quelques
sortes, pour moi. C'était magique, il me paraîssait complètement hors d'atteinte à mon faible niveau avec ses quatre menaçants bémols à la clef, mais je l'ai déchiffré en
un rien de temps et on l'a peaufiné ensuite... Et puis j'ai commencé
à progresser à partir de ce moment là, je crois. Aujourd'hui
j'ai atteint un niveau disons " convenable ". Je regrette tellement
de ne pas m'être mise à travailler règulièrement
plus tôt mais... Tant pis. Aujourd'hui c'est un réel plaisir. Mieux
encore, c'est une passion dont je ne peux pas me passer. Je joue pour moi. Je
le disais l'autre jour à un ami au téléphone qui se reconnaîtra
sûrement : quand on part en vacances dans un lieu quelconque, ma première
question n'est pas de savoir s'il y a une piscine ou la mer à proximité
ou quelque chose comme ça... Ma question est : il y a-t-il un piano là-bas
?
Avant de partir en vacances cette année j'ai demandé à
avoir un " cours spécial " avec Madame S., j'ai ramené
plusieurs partitions et je lui ai demandé ce qui était abordable
pour moi, à travailler seule pendant les vacances. Elle m'a montré
un mouvement de la Sonate Pathétique de Beethov, deux ou trois Nocturnes
de Chopin et une Sonate de Mozart... Et puis elle m'a dit qu'en fait, le Beethoven
serait le mieux parce que les autres étaient un peu délicats pour
moi. Mais j'ai eu un coup de coeur, vraiment, pour le Mozart. Je l'ai bien avancé
aujourd'hui et j'ai hâte de le travailler avec elle. Si j'arrive à
bien le jouer, un jour, je ferai une petite vidéo hinhin !