Je pourrais décrire de milles autres façons cette fatigue-là.
La même, bien sûr. Je pourrais décrire chaque conséquence
qu'elle a sur moi, au quotidien, qui, telle une loque me traîne toute la
journée.
Des yeux qui ne tiennent plus ouverts et au creux desquels perlent des larmes à tout moment. Commençant à prendre l'habitude on se surprend à anticiper en fixant parfois le ciel pour calmer le jeu, ça a l'air presque joli de dire
ça, mais qu'est-ce que c'est laid au fond. Quand on sait. Mais personne
ne sait...
J'ai l'impression de perdre mon temps à stagner lamentablement ici alors
qu'il y a tant de choses à faire. Si j'arrivais à voir un peu plus
loin que mon nombril, ce pourrait être intéressant. Regarder
tout autour, ouvrir grand les yeux, se défaire de toutes ces craintes,
de ces regrets, de ce dégoût, de cette honte, de ce regard-là.
S'en détacher, une bonne fois pour toute, comme on laisserait derrière
soi, sur le quai d'une gare, une grosse valise qu'on aurait traînée
derrière soi quatre années durant et dans laquelle se seraient accumulés
toute la crasse, toutes les choses dures et douloureuses, tout ce qui a blessé
et qui n'a jamais cicatrisé – même Avec le temps –
parce qu'on s'y est vraiment mal prise mais c'était pas ma faute.
Parce qu'autrement, à force de se tuer à essayer d'avancer sans
parvenir à s'en décharger, on finirait par rater vraiment beaucoup
de trains de vie et de se retrouver perdue. Plus que jamais perdue. Sans aucun
repère qui se présenterait timidement mais sûrement pour pouvoir
essayer de repartir, cette fois-ci.
Exorciser n'est pas forcément la bonne solution. Du moins pas quand on
s'y prend aussi maladroitement. Mais ma maladresse, ça, je crois que malgré
tous mes efforts, je pourrais jamais m'en défaire. Déglutir toutes
ces histoires à n'importe qui comme pour s'en purger n'est certainement
pas la bonne solution. Surtout lorsqu'on en est quand même un peu conscient
et que l'on regrette amèrement sitôt après coup.
Tout ce que je vais réussir à faire, si je continue sur ma lancée,
c'est à devenir folle et à faire en sorte que tout le monde le sache.
Repères, repères, où êtes-vous donc passés ?