Sur le fil de mon présent j'avance d'un pas hésitant. Au moindre faux pas les
démons du passé me rattrapent et me noient sous le poids de leur noirceur. J'essaie
de me frayer un chemin entre les gens, les évènements, toutes ces choses qui défilent
devant mes yeux tristes. Je me sens tellement inférieure, les belles choses me
paraissent inaccessibles, bien qu'en tendant un peu la main j'y parvienne. Mais
cette once de bonheur que j'effleure du bout des doigts a quelque chose d'onirique...
D'un onirique éphémère, de surcroît, et l'appréhension d'un réveil douloureux
me fait douter. Je retrouve alors cette particulière capacité que j'ai à mettre
ma vie entre parenthèses lorsque celle-ci m'effraie un peu.
Je tais le désir qui ère secrètement en moi de m'éparpiller dans cette
vie. Je redoute l'effet papillon : d'un battement d'aile ici provoquer une tempête
là-bas, surtout si ce sont les autres qu'elle risque d'atteindre au lieu de moi.
J'essaie toujours d'enrober les choses délicates dans du papier de soie. Je cherche
perpétuellement des mots à poser sur les différentes émotions que je ressens.
C'est ce que je fais en ce moment même.
Il est difficile de cueillir des mots justes pour décrire une émotion car il est
nécessaire de poser le mot qui correspond exactement à ce que l'on souhaite exprimer.
Les émotions sont si abstraites. Choisir des expressions pour les décrire, c'est
un peu comme essayer de les concrétiser.
Je cherche pas à être claire. Je cherche à poser les mots qui correspondent
à ce que je ressens. Or ce que je ressens est confus.