Souvent je dis : cette fille est une éponge. En un sens, c'est vrai. Elle se
joint à des gens qui lui paraissent beaux, qui suscitent son intêret pour diverses
raisons aux prémisses plus ou moins fondées, s'applique ensuite à les connaître
profondément et, s'ils plaisent vraiment, s'en imprègne. Elle s'imprègne des
gens, de leurs personnalités, de leurs goûts, de leurs envies et parfois même
de leurs idées. Souvent je dis : cette fille est une éponge, c'est dommage.
Parce qu'on ne sait plus vraiment où elle se trouve, elle. Elle renonce à son
authenticité. Elle n'existe qu'à moitié, qu'à travers eux. C'est en cela que
c'est regrettable.
Mais finalement on fonctionne tous un peu de cette manière-là. On s'épanouit
à travers les choses qui nous touchent, les choses palpitantes qui nous prennent
aux tripes, que l'on découvre et que l'on vit. Des choses qui marquent tellement
qu'en fermant les yeux, ce ne sont pas de simples souvenirs visuels qui apparaissent
: on ressent véritablement ces moments-là. Ces moments-là qui constituent, pièce
par pièce, un ensemble. Qui nous constituent. On les puise un peu partout :
dans l'éducation que l'on a reçue, dans les rencontres que l'on a faites, dans
les évènements que l'on a vécus, des livres qu'on a lus, ... Partout, en toute
chose, il y a mille manières de s'éparpiller, de s'enrichir. Je pense. Encore
faut-il savoir s'ouvrir à ces choses. Encore faut-il prendre le temps de les
saisir, de les comprendre, de les apprécier et, enfin, de les savourer. Et c'est
là qu'on s'en imprègne. Parce que ça marque : dans le cœur, dans l'esprit, et
jusque dans la chair.
Tiens, 'faudrait que je médite là-dessus.