Tout est – si bien – dit :
Le 05 décembre 2005, à 21:11 par Kim.

« – [...] C'étaient des situations qui avaient une qualité tout à fait rare et précieuse, du style, si tu veux. Être roi, par exemple, quand j'avais huit ans, ça me paraissait une situation privilégiée. Ou bien mourir. Tu ris, mais il y avait tant de gens dessinés au moment de leur mort, et il y en a tant qui ont prononcé des paroles sublimes à ce moment-là, que moi, je croyais de bonne foi... enfin je pensais qu'en entrant dans l'agonie on était transporté au-dessus de soi-même. D'ailleurs, il suffisait d'être dans la chambre d'un mort : la mort étant une situation privilégiée, quelque chose émanait d'elle et se communiquait à toutes les personnes présentes. Une espèce de grandeur. [...] Plus tard, j'ai élargi tout ça ; j'y ai ajouté d'abord une situation nouvelle, l'amour (je veux dire l'acte de faire l'amour). Tiens, si tu n'as jamais compris, pourquoi je me refusais à... à certaines de tes demandes, c'est une occasion de le comprendre : pour moi, il y avait quelque chose à sauver. Et puis alors je me suis dit qu'il devait y avoir beaucoup plus de situations privilégiées que je pourrais compter, finalement j'en ai admis une infinité.
– Oui, mais enfin qu'est-ce que c'était ?
– Eh bien, mais je te l'ai dit, dit-elle avec étonnement, voilà un quart d'heure que je te l'explique.
– Enfin est-ce qu'il fallait surtout que les gens soient très passionnés, transportés de haine ou d'amour, par exemple ; ou bien fallait-il que l'aspect extérieur de l'événement soit grand, je veux dire : ce qu'on peut voir...
– Les deux... ça dépendait, répond-elle de mauvaise grâce.
– Et les moments parfaits ? Qu'est-ce qu'ils viennent faire là-dedans ?
– Ils viennent après. Il y a d'abord des signes annonciateurs. Puis la situation privilégiée, lentement, majestueusement, entre dans la vie des gens. Alors la question se pose de savoir si on veut en faire un moment parfait.
– Oui, dis-je, j'ai compris. Dans chacune des situations privilégiées, il y a certains actes qu'il faut faire, des attitudes qu'il faut prendre, des paroles qu'il faut dire – et d'autres attitudes, d'autres paroles sont strictement défendues. Est-ce que c'est cela ?
– Si tu veux...
– En somme, la situation c'est de la matière : cela demande à être traité.
– C'est cela, dit-elle : il fallait d'abord être plongé dans quelque chose d'exceptionnel et sentir qu'on y mettait de l'ordre. Si toutes ces conditions avaient été réalisées, le moment aurait été parfait. »

Toujours Sartre, La nausée.

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Quoiiiii ma gueule ? 
 Qu'est-ce qu'elle a ma gueuuule ?!!
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