Tu étais à mi-chemin entre le conscient et le rêve. Tu sentais
les idées se confondre dans ton esprit : elles s'amassaient, allaient et
venaient, se cognaient parfois entre elles ou sur les parois de ton encéphale.
Il t'était impossible de les distinguer les unes des autres, ce n'était
pour toi qu'une masse grasse dénuée de sens qui tourbillonnait et
martellait ta tête. Mais parfois, tu ressentais la présence de certaines
vérités inavouées, de certains mots que tu cachais d'ordinaire
dans un coin de ton cerveau. La réalité se hurtait fugacement à
ta conscience. Tu t'imaginais déjà déglutissant réellement
cette vérité puante aux oreilles des personnes concernées.
Et puis d'un coup, c'en était trop : tu décidais d'arrêter
ce délire d'un geste brusque. Tu as voulu écrire ce qui encombrait
ton esprit pour garder une trace de cette sensation intense et nouvelle, sachant
d'ores et déjà que le lendemain matin, tout se serait très
certainement en grande partie évaporé. Mais la main crispée
ne répondait plus : comme ankylosée, tu étais incapable de
tendre le bras vers les carnets, incapable de saisir les choses qui t'entouraient.
Ce matin tu ne te souvenais de rien. Jusqu'à ce qu'une phrase émerge
doucement : j'étais. j'étais à mi-chemin entre le conscient
et le rêve. je. sentais les idées se confondre. dans mon esprit.
Elle redonna subrepticement naissance à tout le reste et tu t'es trouvée
gravement folle. Mais il fallait quand même garder une trace.