Je m'accusais d'être épineuse ; de m'attacher aux gens si maladroitement
que je finissais toujours par leur faire du mal, beaucoup de mal, et ce inévitablement.
A chaque fois, je n'y manquais pas : je provoquais larmes, confusion, déchirement,
avec tous. Et même si, bien sûr, aucune de ces souffrances n'était
préméditée, c'était comme si la monstruosité
était encrée en moi, comme si j'étais strictement, uniquement
et immanquablement vouée à la démolition de ceux que j'approchais
d'un peu trop près.
Mais peut-être qu'en fait, ce n'est pas moi qui suis si terrible, si venimeuse
auprès des gens. Peut-être qu'en fait, il n'y a rien de monstrueux
: c'est juste que les gens auxquels je me lie ont simplement tendance à
être sensibles, tout comme moi. Et que c'est pour ça qu'à
chaque fois, tout est toujours plus tortueux... Ça m'a l'air fondamental.
Sans transition bonsoir.
Le 28 janvier fut une journée chargée : les quatre grandes Ecoles
supérieures d'Arts Appliqués de Paris et le Salon des Formations
Artistiques ouvraient leurs portes.
De fait, après nos deux heures de cours hebdomadaires du samedi matin,
Anh et moi nous sommes pressées de prendre le RER pour visiter les écoles
Estienne et Olivier de Serres. L'année dernière, nous avions d'ores
et déjà découvert l'école Boulle et l'école
Estienne et la journée était passée très vite... Elle
nous avait même paru trop courte, tant il y avait de choses à voir.
Cette fois-ci, nous avons donc dû sélectionner les sections à
visiter impérativement (à savoir les MANAA et BTS en communication
visuelle) et laisser de côté les autres, non sans une once de regret.
J'ai pris mon courage à deux mains et je suis allée aborder une
élève de MANAA d'Estienne en arborant mon plus beau sourire. Ainsi,
dans cette prestigieuse école, il n'y a qu'une seule classe de MANAA ;
et cette prestigieuse école est bien entendu très cotée il
est donc très difficile d'y être accepté. Elle m'a expliqué
le coup du dossier scolaire (très bonnes appréciations, bons résultats,
de la constance dans le travail, pas d'absences injustifiées, etc.) et
du concours. En fait, je savais déjà tout ce qu'elle m'a dit mais
il fallait que je le ré-entende, l'histoire d'être sûre de
moi. Ou pas : en fait, j'ai plutôt ressenti une profonde panique. J'ai,
comme à mon habitude, commencé (continué ?) à avoir
de sérieux doute sur mes capacités, sur mon avenir, tout ça.
Ce qu'ils font là-bas, à Estienne tout comme à Olivier de
Serres, c'est beau. Pas seulement d'un point de vue esthétique. C'est...
beau¹, c'est tout. Le BTS CV option multimédia d'Estienne est tout simplement
bluffant.
Mais bon, remballe tes rêves de môme ma cocotte.
Au Salon, j'ai discuté avec quelques personnes, des enseignants, d'anciens
élèves... Mais j'ai surtout chopé un bon tas de brochures,
et ai laissé mes coordonnées un peu partout pour en recevoir d'autres.
Enfin bref. Maintenant il faudrait que j'essaie de rencontrer des gens, que je
prenne des rendez-vous, etc.
J'espère. Je suis pleine d'espoir et de doutes, de craintes, enchevêtrés
les uns aux autres.
