Sous ses airs de marquise
Le 25 février 2006, à 14:43
par Kim.
Des envies d'ailleurs et de souffler un peu aussi. On vient à peine de
sortir de deux semaines de vacances et j'ai déjà derechef les yeux
d'un vieux panda. Je ne sais pas à quoi je gâche mes journées
: je recommence à être très douteuse vis-à-vis du lycée,
il y a quelques plantages qui fleurissent ci et là, des larmes tièdes
qu'on dissimule derrière une grosse écharpe de saison. Je sors tout
juste de quatre heures de dissertation sur l'autobiographique. En lisant Sarraute,
je me suis souvenue...
- [...] Je peux m’abandonner à cette lumière dorée, ces roucoulements, ces pépiements,
ces tintements de clochettes sur la tête des ânons, des chèvres, ces sonneries
des cerceaux munis d’un manche que poussent devant eux les petits qui ne savent
pas se servir d’un bâton…
- Ne te fâche pas, mais ne crois-tu pas que là, avec ces roucoulements, avec
ces pépiements, tu n’as pas pu t’empêcher de placer un petit morceau de préfabriqué…
c’est si tentant… tu as fait un joli petit raccord, tout à fait en accord…
- Oui, je me suis peut-être un peu laissée aller…
- Bien sûr, comment résister à tant de charme… à ces jolies sonorités… roucoulements…
pépiements…
- Bon, tu as raison…mais pour ce qui est des clochettes, des sonnettes, ça non,
je les entends… et aussi des bruits de crécelles, le crépitement des fleurs
de celluloïd rouges, roses, mauves, tournant au vent…
Quand nous passions nos vacances en Vendée, dans la maison de mon arrière
grand-père : des lézards jonchaient les chemins et Anh et moi –
nous devions avoir 7 et 8 ans – essayions de les capturer dans des bouteilles
en plastique. Une fois, nous y sommes miraculeusement parvenues et avons été
stupéfaites de n'avoir entre nos doigts qu'une ridicule extrémité
de queue, en voyant le reste de la bestiole traquée se faufiler sinueusement
sous les portes.
Une soirée, assujeties à un élan bucolique, nous avons naïvement
essayé de nous doucher sous la fine pluie d'été, presque
bruineuse. Et puis sur le chemin de cette maison de retraite, il y avait un
jardin dans lequel on apercevait des potirons qui me paraissaient gigantesques
et qui me rappelaient l'histoire de Cendrillon. Les serviettes de table rose saumon
pliées en forme d'éventail dans nos verres, que nous avons toujours
essayé de reproduire, en vain.
[edit] Il y a autre chose : quand nous posions nos valises dans la maison, la
pelouse du jardin n'avait pas été tondue depuis de longs mois et
allait nous chatouillait les coudes. Il est vrai que nous n'étions
pas bien grandes, mais c'était quand même fort. [/ edit]
Je voudrais avoir le temps de savoir vivre un peu mieux. Que les douces images
nébuleuses qui taraudent mes rêveries se concrétisent, un
peu.
# Sous ses airs de marquise