L'impression d'une chute. Chute intemporelle. Chute infinie et douloureuse, chute
infiniment douloureuse et qui ravage tout. Tout se brise, tout s'émiette
peu à peu, si bien que tu te perds dans tes propres lambeaux. Tu t'y emmêles,
tes débris colmatent les quelques issues ébréchées
vers lesquelles tu t'efforces d'avancer – ou pas. Tout s'affaisse en dedans.
Tu t'écroules de l'intérieur, tu t'écroules sur toi-même.
Tu t'écroules par toi-même : nul n'a déclenché ce mouvement,
tu es la seule à l'avoir impulsé comme tu es la seule à le
subir. Tu t'écrases sous le poids de ta propre pesanteur. Il suffirait
d'un mot pour suspendre ça mais tu ne peux pas t'empêcher de te tordre
et de reculer. Reculer parce que tu ne sais faire que ça, tu n'as jamais
agi autrement. Et altérer le mécanisme, c'est prendre des risques,
compromettre le familier pour tendre vers l'incertain. Alors si tu crains tant
l'incertain, c'est que tu te résignes à croupir là, confortablement,
juste ici, parmi tes décombres.
(ce n'est pas ça.)