Toutes ces idées qui chancèlent dans ma caboche, ça y met
un foutoir formidable. C'est presque, sûrement pire que d'être indécise
ou désorientée: il n'y a là-dedans aucune orientation qui
soit tangible et avec l'impression que, de toutes parts, ça ne peut que
s'affaler dans du vide.
Je suis incapable de faire quoique ce soit parce que toute forme de matérialisation
ou de... d'objectivation de ce qu'il y a à l'intérieur, ça
me fout une trouille effroyable. La feuille, par exemple. Voir – ou même,
ne serait-ce qu'imaginer ! – ces mots – mes mots – s'y étaler
mollement, ça me rebute. Comme si, je sais pas, je n'étais
pas à la hauteur ? Et c'est juste... frustrant. Parce qu'au-delà
de ça, il y a bien des choses que j'aimerais exprimer... extérioriser...
exorciser. Et ça ne se produit pas uniquement dans ce qu'ils appelleraient
«mon monde», car même dans un certain contexte scolaire, une
dissertation de philosophie “le progrès de la culture conduit-il logiquement
à une vision pessimiste du monde?”. Ah! ben oui, bien sûr...
Mais non.
Enfin, sinon, j'ai quand même réussi à faire ça, la
version, et complètement: crayonner, scanner, photoshoper, agencer, je
n'ai rien pris d'ailleurs.
L'autre jour – mais ça commence à dater –, elle m'a parlé
un peu après m'avoir trouvée toute tremblotante. Et je me suis sentie
si minuscule, parce qu'elle savait tout ce que je n'avais pas su lui dire.
Ces choses que j'avais écrites – et que j'écris encore –,
si souvent. Et là, ma carapace s'est sacrément fissurée:
j'ai eu l'impression de n'être qu'une coquille, vide et insipide. Et d'être
transparente, aussi, que tous mes efforts de camouflage étaient absurdes
et, surtout, stériles.