la violence de ce que je m'efforçais de contenir était telle que
mon corps tout entier trésaillait, crispé par la douleur. j'ai senti
les suffocations s'intensifier et puis j'étais si faible, j'étais
trop faible pour affronter ça. je me suis misérablement recroquevillée,
tentant d'étouffer dans mes draps déjà trempés ces
foutus cris que je n'avais plus la force de réprimer. je ne voulais pas
que tu saches, que tu assistes à ça. il y a un tel fossé
entre ce que je veux bien avouer de ces moments-là, entre les vestiges épars
qu'on en lit sur mon visage des lendemains et ce qu'ils sont réellement.
lama monstruosité est passée sous silence, la violence
ne se sait pas. j'ai gémi, j'ai caché cet horrible visage entre
mes mains glacées, j'ai ressenti une telle haine, une telle rage contre
moi et tant de peine aussi; je me suis détestée, plus que jamais,
il y avait ma chair qui s'enfonçait sous mes ongles et j'aurais voulu crever
mes yeux aussi, pour ne jamais voir les tiens posés sur l'immondice que
j'étaise suis.