J'ai eu tellement mal (...). Lorsqu'il était là, je me débattais
de toutes mes forces pour garder la tête hors de l'eau; sombrer, il n'en
était pas question. Je me l'étais interdit, ce en tout état
de cause, quelles qu'eussent été les épreuves qu'il eût
fallu supporter pour cela. Et ça n'avait rigoureusement rien d'un acte
de courage, ce n'était que pure nécessité, c'était
un devoir et plus encore : il ne pouvait simplement pas en être autrement.
Mais, dès l'instant où cette nuit-là, j'ai su que je pourrais
pleurer de toutes mes tripes et avec toute l'intensité de mon déchirement
puisqu'il ne pourrait plus l'entendre, j'ai cru mourir. C'était bien plus
qu'une absence qui m'arrachait ces larmes : j'ai ressenti la pesanteur d'un vide
sans pareille, comme une amputation irréversible, opérée
sans que j'aie pu y changer quoique ce soit et en dépit de toute ma rage.
Il me semblait que tous mes acharnements n'avaient été que pacotille,
grotesques et misérables efforts vains, ridicule foutaise, une farce, ineptie
de la lutte. Je crevais de culpabilité et de remords, d'impuissance et
d'incompréhension comment se pouvait-il que la vie ait été
aussi injuste ?
Mais ce matin, c'étaient ces larmes-là que je gommais du bout des
doigts, séchées sur mes joues. Et mon seul soulagement est d'avoir
pu écrire ces quelques verbes au passé, bien que la peur
demeure.
