Si, aux «comment vas-tu», j'évoque mon épuisement, cela
n'étonne plus personne. Si, certaines fois, je précise que la fatigue
s'explique par quelque recrudescence d'angoisse, cela ne surprend plus.
Quant à moi, je suis pourtant chaque fois surprise de constater combien
l'anxiété peut être corrosif à mes états. Ce
sont des maux, un dos qui part en miettes, le sommeil inexistant, une horloge
biologique disloquée, une humeur irritable et lunatique, des larmes aussi
fortuites qu'incontrôlées et des ecchymoses, stigmates d'une maladresse
à son comble.
Le second trimestre s'achève sur un boycott professoral du seul bac blanc
de l'année, et je glisserai d'ici peu mon dossier de candidature dans la
boîte aux lettres de l'école de mon premier choix. J'ai du mal à
évoquer mes démarches et mes doutes à ce sujet, tant mon
admission me semble chimérique.
Hier, j'ai appelé ladite école pour de plus amples informations.
Étourdie, une fois de plus, et nerveuse, je n'ai pas vu les heures passer.
On en comptait 19 et le concierge (probablement importuné en plein match
de foot), sur un ton des plus délicats, m'a fait comprendre que j'étais
folle à lier parce qu'«on n'est pas aux États-Unis ni au Canada,
mademoiselle». J'ai presque eu la larmichette et je n'ai su rétorquer
qu'un balbultiant «d'accord... merci... au revoir», avant qu'il ne
me raccroche au nez, oh oh oh!. Si cette fichue école m'accepte, j'irai
cracher sur sa tombejeter des poissons morts sur son paillasson.