Je voudrais du temps qu'on
n'irait perdre pour rien au monde. Instants précieux et immortels ; ne
compter que d'heures arrêtées, suspendues, et s'y sentir graviter
au-dedans.
Je voudrais ne plus jamais dire à bout de souffle, je voudrais inspirer
fort et jusqu'au bout, m'arrêter tout à coup, avant que le décor
ne se mette à tourner. M'assoir à ce moment précis, oui,
là, entre deux mesures, pouvoir contempler, sourire et fermer les yeux,
sourire en fermant les yeux et, enfin, repartir les poumons pleins d'ivresse.
Expirer, mais n'expirer qu'en m'étant pleinement imprégnée
de ces caresses. Expirer sans amertume et sans hâte, expirer pour continuer
de vivre uniquement. Expirer pour reprendre de l'élan et approfondir davantage
chaque nouvelle inspiration.
Je voudrais la sérénité, l'accalmie des angoisses et de la
peur qui ronge, qui morcelle. Je voudrais le creux de ton épaule à
jamais, tes doigts dans mes cheveux et ta voix qui murmure, seul remède
à ma détresse. Quand tu me dis que tout va bien, tu ne mens jamais
car le seul fait d'entendre ces mots de ta bouche dissout l'essor des moindres
troubles.